(Réactions aux §§6-8)
Le gouvernement espagnol a essuyé vendredi un revers majeur avec le rejet au Congrès des députés de mesures destinées à lutter contre la crise du logement, crise à l'origine de manifestations dans tout le pays qui ont pris de l'ampleur après l'expulsion en septembre d'une locataire de 87 ans à Madrid.
Le principal des deux décrets-lois a été rejeté par 178 voix à la Chambre basse du Parlement, qui compte 350 sièges, après que Junts, parti séparatiste catalan de droite et allié théorique du gouvernement, a déclaré que ces mesures finiraient par restreindre le marché du logement.
Ces propositionscomprenaient l’interdiction des expulsions de locataires vulnérables jusqu’en 2030, la prolongation de deux ans du gel des loyers pour les baux existants et un durcissement des règles relatives aux locations de courte durée.
Le gouvernement de coalition de gauche minoritaire du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez ne dispose que de 147 sièges sur 350 et doit s'appuyer sur de petits partis, dont Junts et ses sept députés, pour faire adopter ses lois.
Les partis d’opposition se sont également opposés à ce décret.
Le deuxième décret, qui prévoyait le renouvellement automatique et indéfini des baux et constituait l’une des principales revendications des manifestants, n'a pas non plus été approuvé.
DES APPELS À LA "GRÈVE GÉNÉRALE"
Le Syndicat des locataires, qui avait été à l’origine des manifestations, a déclaré qu’il poursuivrait ses projets d’organiser de nouveaux rassemblements de masse samedi, afin d’accentuer la pression sur la coalition.
"Le campement va se maintenir et continuera de s’étendre à d’autres quartiers. Notre objectif est d’organiser une grève générale", a déclaré Alicia del Rio, porte-parole du Syndicat des locataires.
Une foule s’est rassemblée devant le Parlement en scandant "vos profits, notre misère" au moment du vote.
Avant le scrutin, la porte-parole parlementaire de Junts, Miriam Nogueras, avait déclaré que ces décrets auraient l’effet inverse de celui escompté. "Trouver un logement deviendra chaque jour plus difficile. Notre responsabilité est d’apporter de la certitude, pas de l’incertitude."
Elle a exhorté le gouvernement à élaborer de nouvelles mesures.
L’expulsion de la retraitée Maricarmen Abascal a déclenché des manifestations dans toute l’Espagne. Des centaines de jeunes ont installé des tentes sur la place centrale de Madrid et dans d’autres villes pendant près d’une semaine, ravivant le souvenir des sit-in anti-austérité déclenchés par la crise financière mondiale de 2008-2012.
Les loyers ont doublé au cours de la dernière décennie, les tarifs moyens atteignant 1.176€ par mois, soit 98,7% du salaire moyen d’un jeune, selon le Conseil de la jeunesse d’Espagne.
"Les gens ont dit 'ça suffit' ; cela ne peut pas continuer ainsi. Le problème du logement doit être résolu ; des mesures structurelles doivent être prises, et cette situation ne peut perdurer", a déclaré jeudi l’avocate d’Abascal, Beatriz Duro, lors d’un entretien avec Reuters.
(Reportage de David Latona, Victoria Waldersee, Mireia Merino, Emma Pinedo et Jesus Aguado; Rédigé par Charlie Devereux, Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer